Gouvernance de l’Internet pour le développement au Mali

1- CONTEXTE ET JUSTIFICATION

Cet article s’inscrit dans le cadre de la formation Global volunteer Tranning Program 2020 organisée par ISOC. Cette activité sanctionne la fin de ladite formation. Il sera sur le Site du Chapitre malien de Internet Society ISOC Mali et d’autres canaux de diffusion.
La définition de la Gouvernance de l’Internet suscite elle-même une grande controverse.
Dans le débat sur la gouvernance d’Internet et tout particulièrement dans les premières phases de WSIS 2003, des controverses émergèrent autour du terme de « gouvernance » et de ces différentes interprétations. Selon une interprétation, gouvernance est synonyme de gouvernement. De nombreuses délégations nationales partageaient cet avis, concluant à l’interprétation selon laquelle la gouvernance d’Internet devait être l’affaire des gouvernements et devait donc être gérer au niveau intergouvernemental avec une intervention limitée des autres acteurs non gouvernementaux. Cette interprétation était en contradiction avec une conception plus large du terme « gouvernance », incluant la gouvernance de n’importe quelle institution, y compris des institutions non-gouvernementales. C’est cette définition qui fut acceptée, car elle décrit la façon dont Internet a été géré depuis ses débuts.
Le World Summit on the Information Society (WSIS) ou le Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI) a élaboré la définition de travail qui suit
« La gouvernance de l’Internet est l’élaboration et l’application par les Etats, le secteur privé et la société civile, chacun selon son rôle, des principes, normes, règles, procédures de prise de décision et programmes communs propres à modeler l’évolution et l’utilisation de l’Internet »
Dans le concert des nations, les pays de l’Afrique de l’ouest sont considérés comme des « petits Etats »
2- Les pays en développement

La complexité des questions et la dynamique des activités a rendu la participation des nombreux petits pays, en particulier en développement, au processus politiques de la gouvernance d’Internet pratiquement impossible. En conséquence, certains « petits Etats » comme le Mali soutiennent une structure de guichet unique (one-stop-shop) pour les questions de gouvernance d’Internet. L’ampleur de l’agenda et les capacités politiques limitées de ces pays, à la fois à l’intérieur de leurs propres frontières et dans leurs missions diplomatiques sont parmi leurs principaux obstacles à leur pleine participation au processus. La nécessité de renforcer les capacités dans le domaine de la gouvernance et des politiques d’Internet a été reconnue comme l’une des priorités de l’Agenda de Tunis pour la Société de l’Information.

3- Les Initiatives régionales et nationales de gouvernance de l’Internet (NRI)

Pour une participation effective et substantielle de tous à la Gouvernance de l’Internet, des initiatives de gouvernance ont été mise en place dans de nombreux pays. C’est aussi le cas du Mali qui a mis en place son Forum sur la Gouvernance de l’Internet le FGI Mali en 2019.
Cette initiative pilotée par un Bureau Exécutif de sept Membres issus des différentes parties prenantes à organisé le premier Forum sur la Gouvernance de l’Internet dont le thème central était : « La Gouvernance de l’Internet pour le développement ».
Pour une gouvernance de l’Internet s’inscrivant dans les objectifs de développement durable, toute approche devrait d’abord s’intéresser à la lutte contre la fracture numérique. Ceci pourra passer par l’investissement dans des infrastructures et à l’accessibilité des populations à Internet. Au-delà de cette vision, il faut aussi prendre en compte la formation du « dernier connecté » à l’utilisation et l’usage qu’il peut faire d’Internet.
Le MALI a lancé des projets d’accessibilité à un Internet haut débit mais ces initiatives peinent à aboutir faute de financement ou de climat économique peu favorable ou pas attrayant pour les investisseurs. Certes des infrastructures telles que les points d’échange Internet (IXP) permettent de réduire le coût de la connexion Internet mais une formation des parties prenantes de la gouvernance d’Internet permettra de faire des actions de plaidoyer et de lobbying pour amener le coût de la connexion à un niveau raisonnable.
Le développement de l’économie numérique ne pourra être une réalité que dans un cyber espace sécurisé. En plus des professionnels du numérique, les acteurs économiques doivent être formés pour les mettre à l’abri de la cybercriminalité qui est en train de prendre de l’ampleur dans la région.
De nos jours, nous sommes à l’Internet des Objets et le nombre d’objets connectés va augmenter crescendo.
Pour tirer profit des technologies émergentes, le Mali a besoin des ressources humaines compétentes pour ne pas rater cette révolution numérique qu’il a du mal à appréhender. En fonction de ses réalités le Mali se doit alors de façonner son destin numérique. Le FGI Mali montre de ce fait toute son importance.
De ce premier Forum malien sont sortis des recommandations. Mais l’épineuse question reste : Comment passer des recommandations aux actions concrètes ? Si l’initiative de la gestion consensuelle de l’Internet est la bienvenue, le FGI Mali n’a pas devoir décisionnel en matière de mise en oeuvre de la politique publique même si ce forum reste une force de proposition avec son approche multi parties prenantes.
Si la dernière réunion du Bureau Exécutif a posé la problématique de la mise en place d’un cadre de concertation pour le suivi de la mise en oeuvre des recommandations du tout premier forum, force est de reconnaitre que ceci n’est pas encore un acquis.
Nous devons tout de même saluer une timide ouverture de certaines structures.
Il s’agit de l’Agence de Gestion du fond d’accès Universel (AGEFAU) qui a associé le FGI Mali à la validation de l’étude de la stratégie d’accès universelle au Mali qui elle-même est un document de planification.
L’Autorité de Protection des données à Caractère personnel (ADPD) a invité le FGI Mali à un atelier de réflexion sur la protection des données à caractère personnel.
Les textes en matière de cybercriminalité existent mais force est de reconnaitre l’incapacité de l’application des règles juridiques édictées car les structures en charge de la répression de la cybercriminalité ne sont eux très mal outillées ou pas du tout pour être efficace. Face aux dérives sur l’Internet, on n’a souvent pas d’interlocuteur. Bref, il faut que les acteurs de la justice et les justiciables soient formés à la citoyenneté numérique.
Les parties prenantes de la gouvernance de l’Internet doivent elles aussi être plus actives pour un Internet au service de l’utilisateur final. Nous noterons ici l’effort louable du chapitre malien de ISOC qui en plus d’avoir participé activement à la mise en place et aux activités du forum malien sur la Gouvernance de l’Internet a organisé plusieurs séssions de formation en Gouvernance de l’Internet et a réalisé beaucoup de projets en lien avec le numérique.
Un autre acteur est l’association de la promotion de la citoyenneté numérique (E-CIT) qui a effectué des formations en citoyenneté numérique en partenariat avec l’Université Virtuelle du Mali UPP KINGUI.
ECIT poursuit son projet d’éducation à la citoyenneté numérique et bénéficie du soutien du Chapitre malien d’ISOC.
Le Projet Global Volunteer Tranning Program en plus du renforcement des compétences en Gouvernance de l’Internet a soulevé la question de l’utilisation de la géolocalisation dans la lutte contre la COVID 19 et la protection des données à caractère personnel.
Au sujet de la régulation des réseaux sociaux nous sommes partagés entre la liberté d’expression, la protection des internautes et le risque dérives autoritaires des gouvernants.
Pour finir, sans avoir la solution toute faite, nous rejoignons ISOC dans la consolidation de sa croyance et conviction : « Internet est pour tout le monde ».
Pour mieux façonner ce bien commun qu’est Internet le FGI Mali doit avoir plus de poids et être doter de moyen d’action pour assurer le suivi de ses recommandations et les parties prenantes doivent mettre l’accent sur la formation pour une Gouvernance de l’Internet au service du développement.
« L’accès à un Internet de qualité à un coût abordable pour tous ne doit plus être un luxe mais un droit ». C’est une question de justice et d’équité sociale !

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Source:

https://isoc.ml
http://internetsociety.org
https://learning.internetsociety.org/

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