Cyber géopolitique en 2017 : entre appel pour la sécurité du cyberespace ; interférence dans les élections et lutte conte les contenus extrémistes

En 2017, Internet a été au cœur de La géopolitique mondiale avec un impact sans précèdent sur les relations internationales. En effet, la sécurité et la recherche de normes dans le cyberespace, la lutte contre les contenus extrémistes et la surveillance électronique ont été au menu de nombreuses rencontres internationales. Les géants du net entrent pour la première fois dans la cyber diplomatie et envoient des représentations à des réunions comme le sommet du G7. Au demeurant, le phénomène d’ingérence et d’interférence numérique apparait dans les processus d’élections avec à la clé l’influence présumée des médias sociaux.

Cyber diplomatie : la sécurité du cyberespace au centre des débats

Aux Etats Unis, l’année 2017 commence avec la signature d’un protocole d’accord avec l’Inde dans le domaine de la cybersécurité. Au plan géopolitique, les Etats Unis rejettent l’idée d’une création d’une unité cybernétique américano-russe, avertissent sur les cyberattaques nord-coréennes et demandent à la Chine de ne pas mettre en œuvre sa nouvelle loi sur la cybersécurité

En Europe, les ministres de la défense de l’Union Européenne effectuent des exercices visant à tester la capacité du bloc à répondre à une attaque potentielle sur ses structures militaires. Au demeurant, l’Union européenne et l’Inde soulignent la nécessité d’approfondir les actions sur l’applicabilité du droit international au cyberespace et de définir des normes de comportement responsable.

Du côté de l’OTAN, les ministres de la défense approuvent un ensemble de principes décrivant comment l’Alliance peut intégrer les capacités cybernétiques de ses États membres dans les opérations militaires. A cet effet, l’Organisation annonce la création d’un nouveau Cyber Operations Center pour aider à défendre le cyberespace.

En outre ; L’Inde et le Japon décident de renforcer leur collaboration dans le domaine du cyberespace et confirment leur engagement envers un cyberespace ouvert, sûr et accessible permettant la croissance économique et l’innovation.

Les pays des BRICS annoncent l’intensification de la coopération en matière de sécurité de l’information admettant que les technologies de la communication numérique jouent un rôle de plus en plus important dans la croissance économique.

L’Union africaine et la Chine cherchent à approfondir la collaboration sur le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC), en particulier dans la construction d’un cyberespace sécurisé, ouvert et pacifique

En Chine, le gouvernement publie sa stratégie sur la coopération internationale dans le cyberespace. La stratégie énonce la paix et la souveraineté parmi les  principes fondamentaux qui guident la participation de la Chine à la coopération internationale.  Lors de la conférence de Wuzhen, le président chinois déclare que le pays ne fermerait pas sa porte à l’Internet mondial, mais que la cyber-souveraineté est la clé de sa vision du développement de l’Internet.

A cote des états, les géants du net a la table des discussions sur l’avenir du cyberespace

Du coté des géants de net, la conférence de Whuzen a vu la participation du Directeur Général d’Apple, et celui de Google, une première pour les entreprises de la Silicon Valley d’envoyer une telle représentation.  De même, les grandes entreprises Internet assistent au sommet du G7 dans une tentative d’élaborer de nouvelles règles pour mettre fin à l’utilisation des médias sociaux par les cyber-extrémistes. En outre, à la conférence RSA, Microsoft appelle pour une première fois à l’établissement d’une Convention de Genève du Cyberespace et appelle les gouvernements à établir des normes pour l’engagement en faveur du Numérique.  De plus, le Danemark nomme un ambassadeur auprès de géants technologiques de la Silicon Valley qu’il considère comme de nouvelles nations. D’autres part, Le forum Internet mondial pour lutter contre le terrorisme (GIFCT) mis en place par Facebook, Microsoft, Twitter et YouTube a tenu sa première réunion le 1er août à San Francisco.

Elections : vaste débat autour de l’ingérence et de l’interférence sous influence présumée des réseaux sociaux

 Au lendemain des élections présidentielles américaines de 2016, le Sénat américain promet une enquête approfondie sur les liens directs entre la Russie et le républicain Donald Trump lors de sa course pour la Maison-Blanche et avertit que la Russie concocterait le même plan pour les élections françaises.

Le président russe Vladimir Poutine nie l’implication de la Russie au probable piratage de l’élection présidentielle américaine et affirme que l’administration Obama a ignoré sa proposition en 2015 sur un traité de cyberguerre. En outre Facebook affirme avoir envoyé au Congrès américain des dizaines de milliers d’annonces du réseau social qui étaient liées aux tentatives de la Russie d’interférer lors de l’élection présidentielle américaine de 2016. Cette annonce sera à l’origine de l’invitation des responsables de Facebook, Google et Twitter sur l’ingérence présumée de la Russie.

A propos du BREXIT, Les législateurs britanniques demandent à Facebook de publier des informations sur les probables allégations russes relatives au vote du BREXIT. En effet, selon plusieurs sources, les comptes Twitter russes ont été hyperactifs à la veille du référendum sur le BREXIT au Royaume-Uni, exhortant les citoyens à voter pour quitter l’UE.

Contenus extrémistes : la communauté internationale met les médias sociaux face à leur responsabilité

 Les attaques terroristes de Londres déclenchent une série de mise en garde à l’égard des géants du net pour la suppression des contenus extrémistes en ligne.

Aux Nations Unies, les dirigeants de la France, de l’Italie et du Royaume-exhorte les entreprises de médias sociaux à supprimer plus rapidement les contenus extrémistes d’Internet. Le conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité une résolution demandant tous les pays de coopérer pour empêcher les terroristes d’acquérir des armes, y compris via internet ou les réseaux sociaux.

En outre, la Commission européenne cherche à donner à la police plus de moyens pour déchiffrer les messages privés dans le cadre d’une large campagne de répression des criminels. Les leaders de l’Union européenne, lors d’un sommet à Bruxelles, accentue la pression sur les géants américains comme Facebook et Twitter pour freiner la propagande en ligne.

En niveau étatique, l’Allemagne adopte une nouvelle loi qui élargit le pouvoir des autorités d’espionner le contenu des services de messagerie chiffrés tels que WhatsApp et Skype au moment où Facebook lance une initiative au Royaume-Uni pour former et financer des organisations locales pour combattre l’extrémisme et le discours de haine. En Russie, Vladimir Poutine déclare que les forces de l’ordre doivent prendre des mesures sévères contre les personnes et les groupes qui utilisent Internet à des fins extrémistes.

Surveillance, censure et cryptage toujours au menu

 A propos de la surveillance, l’Agence Nationale de Sécurité (NSA) des Etats Unis affirme qu’il arrêtera son programme de surveillance qui recueille les courriels et les messages envoyés par les américains à des personnes sous surveillance.

En ce qui concerne la censure, les régulateurs chinois ont dévoilé de nouveaux contrôles limitant l’accès aux sites étrangers. Dans le même ordre d’idées, la Chine lance un contrôle renforcé sur Internet pour empêcher les utilisateurs de contourner le «Great Firewall» du pays.

Sur le cryptage, l’échec du FBI à déverrouiller le téléphone portable du tireur de l’église du Texas relance le débat sur le cryptage et l’accès des gouvernements à des communications sécurisées.

Mamadou LO

Membre du Conseil Multipartite des Nations-Unis sur le Forum de la Gouvernance de l’Internet